ECOFECT


Pour moi la recherche, cest connatre pour comprendre et pour innover

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le 26 mai 2015 /

Vincent Lotteau, directeur de recherche Inserm, responsable de lquipe Biologie cellulaire des infections virales au Centre International de Recherche en Infectiologie (CIRI) et ancien membre du Comit de Pilotage dEcofect nous raconte son aventure de chercheur-entrepreneur.

Vous avez fondé la société ENYO Pharma en janvier 2014. Comment est née votre startup ?

J’ai toujours été intéressé par la valorisation des travaux de recherche. En 2009, j’ai créé une extension de notre équipe de recherche académique, dédiée à la valorisation pour renforcer nos brevets ou en déposer de nouveaux. Pour cela, j’ai mis en place un nouveau laboratoire de transfert de technologie dans le centre d’infectiologie de Lyonbiopôle (bâtiment Domilyon). Sept à huit personnes y travaillaient. Elles ont été financées par diverses sources notamment par le fonds FUI comme le projet collaboratif FUI NATHEB « New therapeutic approaches in the treatment of chronic hepatitis B » que nous avons démarré en 2009 avec les sociétés Poxel, Edelriss et Transgene pour une durée de trois ans. Dans ce cadre, nous avons déposé un brevet en commun avec Poxel et Edelriss.
Notre portefeuille compte aujourd’hui neuf brevets Inserm. Et en janvier 2014, nous avons créé la startup ENYO Pharma avec Patrice André qui dirige avec moi l’équipe de recherche académique au CIRI et deux autres scientifiques de l’équipe. Parmi les fondateurs, on compte également le fonds d’amorçage Inserm Transfert Initiative et deux anciens directeurs de département de Roche.

Combien de temps a pris cette création ?


L’étape la plus longue a été la mise en place de l’équipe de management. Cela nous a pris deux ans ; nous ne voulions pas prendre le risque d’être mal accompagnés. Nous avons fait appel à plusieurs personnes avant de nous décider. La qualité de l’équipe de direction et l’adéquation avec les scientifiques est un atout crucial que les investisseurs regardent avec beaucoup d’attention.

Où est installé ENYO Pharma ?

Nous disposons de 100 m² de laboratoire et de 70 m² de bureaux dans le centre d’infectiologie de Lyonbiopôle. ENYO Pharma partage les locaux avec l’équipe académique de valorisation.

N’avez-vous pas de soucis de confidentialité ?

Non. Le savoir-faire est partagé et une convention de collaboration a été signée entre les deux entités. L’’équipe académique travaille sur ses projets propres et sur des projets en collaboration avec ENYO Pharma et réciproquement.
ENYO Pharma détient cinq licences exclusives sur les neuf brevets Inserm.

Quels sont les domaines d’ENYO Pharma et votre stratégie ?

Les deux cibles principales d’ENYO Pharma sont l’hépatite B chronique et la grippe sévère.
Notre stratégie est basée sur le repositionnement de petites molécules développées pour d’autres indications thérapeutiques ou de peptides interférant avec les interactions entre protéines.
Notre stratégie est de perturber le réseau d’interactions entre les protéines virales et les protéines cellulaires humaines pour empêcher le virus d’agir. Pour cela, au lieu de cibler directement les enzymes ou les protéines du virus, nous recherchons des antiviraux qui ciblent l’hôte lui-même.
Les antiviraux à action directe qui sont plus faciles à développer et qui visent les enzymes des virus, sont aussi plus inducteurs de résistance. De plus, certains virus mutent beaucoup, d’autres ne sont pas caractérisés ou ne présentent pas de sites que l’on puisse cibler. En ciblant l’hôte, on augmente la barrière de la résistance et il y a potentiellement plus de cibles disponibles pour empêcher le virus de se répliquer.

Qu’en est-il pour l’hépatite B ?

Notre équipe a identifié un régulateur de la réplication virale de l’hépatite B. Il s’agit d’un récepteur de l’acide biliaire (Farnesoid X receptor) qui contrôle le sort des acides biliaires dans le foie et les intestins. Or, notre équipe a montré que le cycle de vie du virus de l’hépatite B dépend de cette voie métabolique.
La société Poxel possède des molécules qui ciblent ce récepteur pour une indication thérapeutique cardiovasculaire et métabolique. ENYO Pharma a acquis les droits sur ces molécules pour les tester contre l’hépatite B.
La phase préclinique débute maintenant. Notre objectif est de mener notre meilleur composé en phase clinique 1 en 2015 et en phase 2 en 2016.
Il faut beaucoup d’argent pour atteindre ces phases de développement, non ?
Oui mais les investisseurs sont très intéressés par notre société et nous planifions une nouvelle levée de fonds cet été.

Est-ce la même stratégie pour la forme sévère de la grippe ?

Dans le cas de la grippe il s’agit d’un repositionnement de peptides et non pas de petites molécules. Nous avons obtenu un financement BPI pour ce projet.
Nous disposons d’une base de données de 20 000 interactions physiques entre protéines virales et protéines cellulaires humaines. On identifie les parties de la protéine virale qui interagissent avec la protéine humaine. A partir de ces points d’accrochage (docking), on identifie des peptides synthétiques viraux qui vont empêcher les protéines virales d’interagir avec l’hôte.
Pour cela, nous avons une librairie de 400 peptides viraux. Le peptide va donc identifier la cible cellulaire. Nous vérifions si des petites molécules ont déjà été développées contre cette cible pour d’autres indications thérapeutiques. Si ce n’est pas le cas, nous utilisons les peptides eux-mêmes qui sont stabilisés ou bien nous synthétisons des petites molécules qui vont mimer la structure du peptide, les peptido-mimétiques.

Après un an et demi d’existence, ENYO Pharma compte combien d’employés ?

Nous avons aujourd’hui cinq employés, le PDG et deux conseillers scientifiques (Patrice André et moi-même). Nous avons tous les deux le statut de « concours scientifique » qui permet aux agents publics de participer à la vie d’une entreprise tout en gardant leur statut de fonctionnaire. Cela nous autorise à consacrer jusqu’à 20% de notre temps de travail à cette activité.
Nous allons passer à une dizaine d’employés à la fin de l’année.

En quoi ENYO Pharma a un esprit « écofectien » ?

ENYO Pharma fait appel à plusieurs disciplines pour parvenir à ses fins : la virologie, la bio-informatique, la biologie structurale, l’évolution.
On s’inspire de ce que la nature a conservé pour contrôler des fonctions cellulaires. Le virus qui est 100% parasitaire n’est vivant que par ses interactions avec son hôte. L’évolution a sélectionné les meilleures interactions entre les protéines virales et les protéines cellulaires.
Est-ce que le virus impose une force de sélection sur son hôte ? Comment évoluent les séquences des protéines cellulaires ciblées par les protéines virales ? Ces questions relèvent du périmètre d’étude d’Ecofect et pourraient faire l’objet d’un projet.

Vous avez été pendant deux ans membre du comité de pilotage d’Ecofect. Que pensez-vous des premiers résultats d’Ecofect ?

Globalement c’est très positif. Le projet Ecofect part d’une bonne idée et d’un bon esprit. L’objectif est réussi car les gens commencent à se connaître et à collaborer. Les projets financés sont bons et des gros équipements ont été mis en place.
Cependant ce bilan n’est pas forcément bien reconnu et il y a encore des efforts à fournir de la part des deux grandes communautés de Gerland et de la Doua pour innover et s’ouvrir à l’interdisciplinarité.

Comment parvenez-vous à gérer votre métier de chercheur et d’entrepreneur ? Si cela était à refaire, vous relanceriez-vous dans cette aventure ?

Sans problème. La combinaison fait la synergie. Si l’occasion se représentait, je le referais. D’ailleurs, quand ENYO Pharma sera totalement lancée, il se pourrait bien que l’aventure recommence.
Notre équipe de recherche est réellement exploratoire. Nous prenons beaucoup de risques en dehors des sentiers battus. Du coup, le laboratoire est un tremplin pour l’innovation. Pour moi la recherche c’est connaître pour comprendre et pour innover. L’innovation en dehors du cadre purement académique est une évolution de carrière.
 
Pour en savoir plus sur ENYO Pharma : www.enyopharma.com

Contact
: Laurence Naiglin, laurence.naiglin@univ-lyon1.fr


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